Pourquoi a-t-on le nez qui coule quand il fait froid, sans être enrhumé ?
Quelques minutes dehors par un matin froid, et le nez se met à couler comme un robinet, sans fièvre, sans gorge qui gratte, sans le moindre rhume. Ce phénomène très courant a même un nom médical. Il ne doit rien aux microbes : c'est le nez qui fait, avec un peu trop de zèle, exactement le travail pour lequel il est conçu.

🔑 À retenir
- Le nez réchauffe et humidifie l'air inspiré avant qu'il n'atteigne les poumons ; face à un air froid et sec, il augmente fortement sa production de liquide.
- Un réflexe nerveux déclenche cette sécrétion, à laquelle s'ajoute la condensation de l'air expiré dans la narine refroidie.
- Ce nez qui coule au froid est clair, liquide, sans fièvre, et s'arrête peu après le retour au chaud : ce n'est ni contagieux ni le signe d'un rhume.
- Respirer derrière une écharpe et par le nez, ainsi que des lavages au sérum physiologique, limitent le phénomène.
- Un écoulement coloré avec fièvre, ou un écoulement clair d'une seule narine après un choc à la tête, justifie un avis médical.
Le scénario est familier à tous ceux qui courent, marchent ou attendent le bus dès que le thermomètre descend : au bout de quelques minutes, une goutte perle au bout du nez, puis une autre, et le mouchoir devient indispensable. Pourtant, une fois rentré au chaud, tout s'arrête en un quart d'heure. Aucun autre symptôme ne suit le lendemain.
Les médecins parlent de rhinite du froid, parfois de rhinorrhée du skieur, une forme de rhinite dite non allergique, ou vasomotrice. Elle touche une grande partie de la population, à des degrés très variables, et devient en général plus marquée avec l'âge. Pour la comprendre, il faut d'abord revenir au rôle méconnu du nez.
Le nez, un climatiseur discret mais très actif
Les poumons sont des organes fragiles qui supportent mal un air froid et sec. Le nez sert donc de sas de conditionnement : en quelques centimètres seulement, grâce aux cornets, ces replis de muqueuse très vascularisés, il réchauffe l'air inspiré jusqu'à une température proche de celle du corps et le charge en humidité presque jusqu'à saturation. Ce travail est permanent et passe inaperçu par temps doux.
Quand on respire un air à 0 °C et très sec, la tâche devient considérable. Le nez doit fournir beaucoup plus d'eau et de chaleur que d'habitude. Pour y parvenir, il accélère le flux sanguin dans la muqueuse et pousse ses glandes à sécréter davantage. Une partie de ce liquide, produit en excès, n'est pas évaporée dans l'air inspiré et finit par s'écouler vers l'avant.
Deux mécanismes qui s'additionnent
Le premier mécanisme est un réflexe nerveux. Des terminaisons nerveuses de la muqueuse nasale détectent le froid et la sécheresse, puis activent les fibres du système nerveux parasympathique, celui qui commande notamment les glandes. Ce réflexe déclenche une sécrétion aqueuse abondante, un peu comme les larmes qui montent aux yeux face au vent glacé. Chez certaines personnes, ce circuit est particulièrement sensible, ce qui explique les grandes différences d'un individu à l'autre. On retrouve d'ailleurs ce genre de réflexe un peu excessif chez les personnes qui éternuent en regardant une lumière vive.
Le second mécanisme est purement physique : la condensation. L'air expiré sort des poumons chaud et saturé de vapeur d'eau. En traversant l'avant du nez, refroidi par l'air extérieur, il perd de la chaleur et une partie de sa vapeur se transforme en gouttelettes. Le principe est exactement le même que celui de la buée qui se forme à l'intérieur des fenêtres le matin : de l'air humide qui rencontre une surface froide.
Rhume, allergie ou simple réaction au froid ?
Le nez qui coule a de nombreuses causes possibles. Quelques indices simples permettent de faire la différence entre une réaction au froid, une infection virale et une allergie.
| Critère | Rhinite du froid | Rhume | Allergie |
|---|---|---|---|
| Déclencheur | Air froid et sec, effort dehors | Virus, contagion | Pollens, acariens, poils d'animaux |
| Écoulement | Clair, très liquide | Clair puis plus épais, parfois coloré | Clair, liquide |
| Autres signes | Aucun | Mal de gorge, fatigue, parfois fièvre légère | Éternuements en salves, démangeaisons du nez et des yeux |
| Durée | S'arrête peu après le retour au chaud | Environ 7 à 10 jours | Tant que dure l'exposition |
| Contagieux | Non | Oui | Non |
La rhinite du froid ne s'accompagne ni de démangeaisons, ni de fièvre, ni de fatigue. Si le nez coule aussi à l'intérieur, de façon prolongée, ou s'il est bouché en permanence, il s'agit probablement d'autre chose, qu'un médecin pourra identifier.
Qui est le plus concerné ?
Tout le monde peut avoir le nez qui coule par grand froid, mais certaines personnes y sont plus sujettes. Les personnes âgées sont souvent plus touchées, car la régulation nerveuse de la muqueuse nasale évolue avec l'âge. Les sportifs d'extérieur, coureurs, cyclistes, skieurs de fond, le sont aussi, du fait du volume d'air respiré. Les personnes qui souffrent déjà de rhinite vasomotrice, sensibles aux odeurs fortes, à la fumée ou aux changements de température, réagissent plus vivement au froid.
Cette sensibilité au froid ne se limite pas toujours au nez. Certaines personnes cumulent nez qui coule et extrémités glacées, un autre phénomène lié à la façon dont le corps régule ses vaisseaux sanguins, détaillé dans notre article sur les mains et les pieds toujours froids.
Comment limiter le nez qui coule au froid
On ne peut pas supprimer un réflexe physiologique utile, mais on peut réduire l'écart entre l'air respiré et ce que le nez peut gérer. Les mesures les plus efficaces sont aussi les plus simples.
- Couvrir le nez et la bouche avec une écharpe, un tour de cou ou un cache-cou : l'air inspiré est réchauffé et humidifié par l'air expiré emprisonné dans le tissu.
- Respirer par le nez plutôt que par la bouche autant que possible, et ralentir légèrement le rythme à l'effort dans le froid.
- Rincer le nez au sérum physiologique ou à l'eau de mer en spray, matin et soir, pour garder une muqueuse moins irritable.
- Éviter un air intérieur trop sec, qui fragilise la muqueuse : aérer et chauffer raisonnablement, sans dépasser 19 à 20 °C dans les pièces de vie.
- Prévoir des mouchoirs doux et appliquer une crème protectrice sur le pourtour des narines pour éviter les irritations à force de se moucher.
Quand faut-il consulter ?
Dans l'immense majorité des cas, le nez qui coule au froid est bénin et ne demande aucun traitement. Certaines situations sortent cependant de ce cadre et méritent un avis médical.
- Écoulement épais, jaune ou vert, accompagné de fièvre, de douleurs du visage ou d'une fatigue marquée qui dure plus de dix jours.
- Nez bouché en permanence, perte de l'odorat ou saignements de nez répétés.
- Écoulement clair, très liquide, provenant d'une seule narine, surtout s'il survient après un choc à la tête : c'est une situation à faire examiner rapidement.
- Gêne si importante qu'elle limite les activités extérieures ou le sport malgré les mesures simples.
En dehors de ces cas, le nez qui coule au froid est plutôt le signe d'un organe qui fonctionne bien : il protège les poumons d'un air qu'ils toléreraient mal, et quelques gestes simples suffisent à le rendre beaucoup moins gênant.