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★ Enfant 🕑 4 min de lecture 📅 4 août 2026

Pourquoi certains enfants ont-ils un ami imaginaire ?

Un enfant qui parle seul dans sa chambre, réclame un couvert supplémentaire à table ou accuse un personnage invisible d'avoir renversé son verre peut inquiéter des parents mal informés. Les psychologues du développement sont pourtant unanimes : loin d'être un signe d'isolement ou de trouble, l'ami imaginaire est une étape fréquente et souvent bénéfique de l'enfance.

Pourquoi certains enfants ont-ils un ami imaginaire ?

🔑 À retenir

  • Entre 30 % et 65 % des enfants, selon les études, ont un compagnon imaginaire à un moment de leur enfance, le plus souvent entre 3 et 8 ans.
  • Ce phénomène est un signe de bonne santé psychique : il traduit une imagination développée et une capacité précoce à se projeter dans l'esprit d'autrui.
  • L'ami imaginaire aide l'enfant à exprimer des émotions difficiles, à s'entraîner socialement et à gérer la solitude ou les transitions familiales.
  • Les enfants uniques ou aînés en ont statistiquement un peu plus souvent, mais le phénomène touche aussi les enfants avec frères et sœurs.
  • Il disparaît naturellement, en général vers 7-9 ans, sans qu'il faille l'encourager ni le décourager activement : le rôle des parents est surtout d'accompagner avec bienveillance.

« Attention, tu marches sur Zaza ! », « Non, c'est pas moi, c'est Pilou qui a fait ça ». Pour un parent qui découvre ces phrases pour la première fois, la réaction est souvent partagée entre l'amusement et une pointe d'inquiétude. Faut-il s'alarmer qu'un enfant se crée un compagnon que lui seul peut voir et entendre ?

La réponse, largement documentée par la recherche en psychologie de l'enfant, est rassurante : l'ami imaginaire est un phénomène courant, normal, et même porteur de bénéfices développementaux identifiables.

Un phénomène bien plus fréquent qu'on ne le pense

Les études sur le sujet, menées notamment par les psychologues américaines Marjorie Taylor et Stephanie Carlson, avancent des chiffres qui varient selon les méthodologies mais convergent vers une même conclusion : entre 30 % et 65 % des enfants auraient un compagnon imaginaire à un moment de leur développement, le plus souvent entre 3 et 8 ans. Ce compagnon peut prendre des formes très variées : un enfant invisible du même âge, un animal parlant, un personnage fantastique, ou encore un objet ou une peluche à qui l'enfant prête une personnalité et une voix propres. Certains enfants en ont un seul, fidèle sur plusieurs années ; d'autres en changent régulièrement, voire en ont plusieurs simultanément.

Un signe de développement cognitif avancé, pas d'isolement

Contrairement à une croyance répandue, les enfants qui ont un ami imaginaire ne sont ni plus timides, ni moins sociables que les autres. Les recherches de Marjorie Taylor montrent au contraire que ces enfants obtiennent souvent de meilleurs résultats aux tests évaluant la théorie de l'esprit, cette capacité à comprendre que les autres ont des pensées, des désirs et des émotions différents des siens. Créer et faire vivre un personnage cohérent, avec sa propre personnalité, ses propres réactions et parfois même ses propres désaccords avec l'enfant, mobilise des compétences cognitives et narratives sophistiquées, bien au-delà d'un simple jeu de distraction.

À quoi sert vraiment cet ami invisible ?

Le compagnon imaginaire remplit plusieurs fonctions psychologiques identifiées par les chercheurs. Il offre d'abord un exutoire pour des émotions difficiles à exprimer directement : un enfant dira plus facilement « Pilou a peur du noir » que « j'ai peur du noir », une mise à distance qui l'aide à nommer et apprivoiser ses propres ressentis. Il sert aussi de compagnon de solitude lors des moments sans interaction, dans la voiture, en attendant les parents, ou lors d'un déménagement ou de l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur, des périodes de transition où l'ami imaginaire apparaît ou se renforce fréquemment. Enfin, il permet à l'enfant d'exercer un contrôle qu'il n'a pas dans sa vie réelle : c'est lui qui décide des règles du jeu, des punitions et des récompenses de son personnage, un espace de maîtrise rassurant à un âge où beaucoup de décisions lui échappent.

Enfants uniques, aînés : un peu plus concernés, pas seuls concernés

Les études notent une légère surreprésentation du phénomène chez les enfants uniques et les aînés de la fratrie, probablement parce qu'ils passent statistiquement plus de temps de jeu seul. Mais l'écart reste modeste : des enfants ayant des frères et sœurs proches en âge développent eux aussi très couramment des compagnons imaginaires, parfois même partagés avec un frère ou une sœur qui entre dans le jeu. Le niveau socio-économique, le fait d'aller ou non à la crèche, ou le tempérament de l'enfant ne semblent pas non plus être des facteurs déterminants selon les données disponibles à ce jour.

Signes rassurants

  • L'enfant distingue clairement le jeu de la réalité si on l'interroge calmement
  • Le compagnon imaginaire coexiste avec une vie sociale et des jeux avec d'autres enfants
  • Le phénomène va et vient selon les périodes, sans envahir tout le quotidien

Signes à surveiller (rares)

  • Détresse marquée si le compagnon est remis en question
  • Repli social complet, refus persistant de tout contact avec les autres enfants
  • Persistance très rigide au-delà de 10-12 ans, associée à un isolement important

Comment réagir en tant que parent ?

Les spécialistes recommandent une attitude simple : ni encourager avec excès, ni railler ou interdire. Accepter que le couvert de Pilou soit mis à table de temps en temps, ou demander des nouvelles du personnage avec un intérêt sincère mais mesuré, valide l'imagination de l'enfant sans en faire un enjeu disproportionné. Il n'est pas nécessaire de jouer le jeu à l'excès ni de chercher à convaincre l'enfant que son ami « n'existe pas » : à cet âge, la plupart des enfants savent très bien faire la différence entre le jeu et la réalité, même lorsqu'ils s'immergent complètement dans leur histoire. Cette même approche bienveillante et sans dramatisation vaut aussi pour d'autres peurs enfantines du même âge, qu'il s'agisse d'aider un enfant qui a peur du noir ou de comprendre pourquoi certains enfants ont peur des mascottes et des personnages déguisés, deux situations où l'imaginaire de l'enfant joue également un rôle central.

Comme pour d'autres comportements typiques de cette tranche d'âge, à l'image de ce qui se joue quand un enfant de 3 ans mord ses camarades à la crèche, il s'agit avant tout d'une étape de développement à accompagner avec patience plutôt que d'un problème à corriger dans l'urgence.

Une étape qui s'efface naturellement

Dans la grande majorité des cas, l'ami imaginaire disparaît progressivement vers 7 à 9 ans, à mesure que l'enfant élargit son cercle social réel et que son besoin de ce type de compagnie décline naturellement. Certains enfants racontent même, une fois adolescents ou adultes, se souvenir avec tendresse de leur ancien compagnon, sans que cela ait eu la moindre incidence sur leur développement social ou affectif ultérieur. Aucune étude sérieuse n'a établi de lien entre avoir eu un ami imaginaire dans l'enfance et présenter des difficultés psychologiques à l'âge adulte ; les données vont plutôt dans le sens inverse, avec une créativité et une aisance narrative parfois même supérieures chez les anciens « propriétaires » d'un compagnon imaginaire.

À partir de quel âge un enfant peut-il avoir un ami imaginaire ?
Le phénomène apparaît le plus souvent entre 2 ans et demi et 3 ans, quand le langage et l'imagination symbolique se développent suffisamment, et reste fréquent jusque vers 7-8 ans.
Faut-il s'inquiéter si mon enfant a plusieurs amis imaginaires ?
Non, avoir plusieurs compagnons imaginaires, simultanément ou successivement, reste dans la norme et traduit simplement une imagination particulièrement fertile, sans lien avec un trouble quelconque.
Un ami imaginaire peut-il être un signe de mal-être chez l'enfant ?
Dans la très grande majorité des cas, non. Il ne devient un signal d'alerte que s'il s'accompagne d'un isolement social marqué, d'une détresse intense ou d'une confusion persistante entre imaginaire et réalité au-delà de l'âge attendu.
Dois-je jouer le jeu quand mon enfant parle de son ami imaginaire ?
Un intérêt bienveillant et modéré suffit amplement. Il n'est ni nécessaire de forcer l'immersion, ni utile de nier l'existence du personnage : l'enfant sait généralement très bien faire la part des choses.
Que faire si mon enfant reporte ses bêtises sur son ami imaginaire ?
C'est un comportement fréquent et sans gravité, qui traduit une difficulté encore normale à assumer une faute à cet âge. Il reste important de nommer calmement la règle transgressée, sans dramatiser le rôle attribué au personnage imaginaire.

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