1850 et 2018 : Le mercure monte !
Les records de chaleur ne sont plus des anomalies : ils deviennent une tendance. Entre 1850 et 2018, les séries climatiques racontent une accélération nette depuis l’industrialisation. Décryptage des chiffres, des méthodes de mesure et des conséquences concrètes.

🔑 À retenir
- 1850 est surtout un repère historique : le vrai sujet est la hausse rapide depuis l’ère industrielle
- 2018 s’inscrit parmi les années les plus chaudes mesurées, dans une série de records depuis 2015
- Les données convergent (NASA, NOAA, Copernicus, Berkeley Earth) malgré des méthodes différentes
- L’augmentation des extrêmes (canicules, pluies intenses) progresse souvent plus vite que la moyenne
- Limiter la hausse passe d’abord par la baisse des émissions fossiles et la réduction du méthane
Comparer 1850 et 2018, c’est mettre face à face deux moments charnières : le début de l’industrialisation à grande échelle et une période récente où les records se multiplient. Mais attention au piège des formules : on ne « détrône » pas un record vieux de 170 ans comme on le ferait pour une performance sportive. En climat, tout dépend de la série de mesures, de la zone couverte et de la manière de calculer une moyenne globale.
Ce qui est solide, en revanche, c’est la tendance : depuis la fin du XIXe siècle, la température moyenne mondiale augmente, et l’essentiel de cette hausse est attribué aux émissions humaines de gaz à effet de serre. 2018 n’est pas forcément « l’année la plus chaude » selon tous les classements, mais elle appartient clairement au peloton de tête des années les plus chaudes observées, dans un monde déjà réchauffé.
1850 : un jalon, pas une ligne d’arrivée
L’année 1850 revient souvent parce qu’elle marque, dans plusieurs jeux de données, le début d’une période de référence « préindustrielle » ou quasi préindustrielle. Les climatologues utilisent fréquemment des fenêtres comme 1850-1900 pour estimer le niveau de température avant l’explosion des émissions liées au charbon, puis au pétrole et au gaz.
Dire que 1850 aurait été « l’année la plus chaude » est trompeur : les observations mondiales étaient alors moins denses, et les reconstructions climatiques montrent des variations naturelles (volcanisme, cycles océaniques, activité solaire) qui peuvent faire monter ou baisser la température d’une année à l’autre. Le point clé est ailleurs : 1850 sert de repère pour mesurer l’écart qui s’est creusé depuis.
2018 : une année très chaude dans une séquence de records
2018 a souvent été classée parmi les années les plus chaudes depuis le début des mesures instrumentales modernes, généralement dans le top 4 à top 6 selon les organismes et les méthodes. Les années 2015, 2016 et 2017 avaient déjà frappé fort, portées notamment par un puissant épisode El Niño autour de 2015-2016, qui ajoute temporairement de la chaleur à la tendance de fond.
L’intérêt de 2018 n’est pas seulement son rang. C’est le signal qu’elle envoie : même sans El Niño aussi marqué qu’en 2016, l’année reste exceptionnellement chaude. Autrement dit, le « plancher » monte. Ce constat revient dans plusieurs analyses, dont celles de Berkeley Earth et du service européen Copernicus, qui compilent des milliers de stations et des observations satellites.
- La température moyenne globale varie d’une année à l’autre, mais la courbe de long terme est à la hausse.
- Les océans absorbent l’essentiel de l’excès de chaleur : les années « moins chaudes » ne signifient pas une pause.
- Les classements peuvent légèrement diverger selon les corrections appliquées et les zones où les données manquent.
Comment mesure-t-on la température mondiale (et pourquoi les chiffres varient)
Une « température moyenne mondiale » n’est pas mesurée par un thermomètre géant : elle est calculée. Les organismes (NASA, NOAA, Copernicus, Berkeley Earth, Met Office…) combinent des mesures de stations au sol, de bouées et de navires en mer, et des observations satellitaires (plutôt pour l’atmosphère que pour la surface). Ils appliquent ensuite des méthodes de correction : changement d’emplacement des stations, urbanisation, évolution des instruments, trous dans les archives.
Deux approches coexistent : travailler en anomalies (écarts à une moyenne de référence) ou tenter de reconstruire une valeur absolue. Les anomalies sont privilégiées car elles limitent les biais : même si une station est systématiquement plus chaude qu’une autre, son écart à sa propre moyenne reste informatif.
| Élément de méthode | Pourquoi cela compte |
|---|---|
| Période de référence (ex. 1850-1900, 1951-1980) | Un même réchauffement exprimé en « +1,2 °C » peut varier légèrement selon le zéro choisi. |
| Couverture des océans | Les mers couvrent ~70% du globe : une mauvaise couverture fausse la moyenne globale. |
| Corrections des stations et navires | Changements d’instruments et de pratiques (prise de température de l’eau) modifient les séries brutes. |
| Interpolation dans les zones peu mesurées (Arctique, certaines régions) | Les méthodes diffèrent : certaines « comblent » davantage les trous, ce qui peut changer le classement annuel. |
Ce qui relie 1850 et 2018 : l’industrialisation et les gaz à effet de serre
La période qui s’ouvre autour de 1850 correspond à l’essor industriel en Europe et en Amérique du Nord : charbon pour la vapeur, sidérurgie, puis diffusion des moteurs et de l’électricité. À partir du XXe siècle, le pétrole et le gaz accélèrent encore. Résultat : une hausse massive des concentrations de CO₂, mais aussi du méthane (CH₄) et du protoxyde d’azote (N₂O).
Le lien physique est établi depuis longtemps : ces gaz laissent entrer l’énergie solaire mais retiennent une partie du rayonnement infrarouge renvoyé par la Terre. Les évaluations scientifiques récentes concluent que le réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle est principalement d’origine humaine. Les facteurs naturels existent, mais ils ne suffisent pas à expliquer la hausse sur plusieurs décennies.
Ce que montrent les données
- Hausse nette de la température moyenne mondiale depuis la fin du XIXe siècle
- Accélération des records de chaleur depuis les années 1990
- Concordance entre observations terrestres, marines et indicateurs océaniques (contenu thermique)
Ce que cela ne dit pas (et qu’il faut éviter)
- Un record annuel ne prouve rien seul : c’est la tendance qui compte
- La météo locale n’infirme pas le climat (un hiver froid n’annule pas la hausse globale)
- La chaleur n’est pas uniforme : certaines régions se réchauffent plus vite (Arctique notamment)
Au-delà des moyennes : canicules, pluies extrêmes, sécheresses
Le public retient souvent un chiffre global (« +X °C »), mais l’impact se joue dans les extrêmes. Une moyenne mondiale qui monte déplace toute la distribution : les journées très chaudes deviennent plus fréquentes, et certaines vagues de chaleur gagnent en intensité. En Europe, 2018 a été marquée par des épisodes de chaleur et de sécheresse notables dans plusieurs pays, avec des effets sur l’agriculture, les forêts et la santé.
Le mécanisme est simple : une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d’eau, ce qui favorise des pluies plus intenses quand les conditions sont réunies. À l’inverse, l’évaporation accrue peut assécher les sols plus vite et amplifier certaines sécheresses. Les phénomènes sont complexes et régionaux, mais la direction générale est cohérente avec la physique du climat.
Ce que disent les organismes de référence (et ce qu’ils ne disent pas)
Les grandes bases climatiques, publiques et auditées, aboutissent au même diagnostic : le réchauffement est mesurable, durable et cohérent avec l’augmentation des gaz à effet de serre. Copernicus (Europe) publie des bilans réguliers fondés sur réanalyses et observations ; Berkeley Earth propose une reconstruction indépendante basée sur un très grand nombre de stations ; la NASA et la NOAA produisent leurs propres analyses, également ouvertes à la critique scientifique.
En revanche, ces organismes ne prétendent pas fournir une certitude absolue au centième de degré pour chaque année. Ils publient des marges d’incertitude, reconnaissent les zones moins bien couvertes (notamment l’Arctique au début des séries) et rappellent que les variations naturelles s’ajoutent à la tendance anthropique.
“Un classement annuel varie, mais la trajectoire sur plusieurs décennies est sans ambiguïté : la Terre se réchauffe.”, Synthèse d’après les constats convergents d’agences climatiques internationales
Que faire : atténuation (émissions) et adaptation (impacts), concret, local, mesurable
La comparaison 1850-2018 n’a de sens que si elle débouche sur des choix. Deux axes se complètent : atténuer (réduire les émissions pour limiter la hausse future) et adapter (réduire la vulnérabilité aux impacts déjà en cours). Les leviers sont connus : sortie progressive des énergies fossiles, électrification bas-carbone, sobriété, rénovation des bâtiments, mobilité moins carbonée, réduction des émissions de méthane (fuites, élevage, déchets).
Côté adaptation, le sujet est souvent plus immédiat : plans canicule, îlots de fraîcheur en ville, végétalisation et ombrage, gestion de l’eau, prévention des feux de forêt, évolution des pratiques agricoles, normes pour le bâti. L’efficacité se mesure : baisse de consommation énergétique, réduction de la mortalité lors des vagues de chaleur, résilience des réseaux (eau, électricité, transport).
- Pour les collectivités : cartographier les îlots de chaleur urbains, prioriser les écoles/EHPAD, adapter l’urbanisme (arbres, matériaux, ombrage).
- Pour les entreprises : audit énergétique, plan de continuité en cas de canicule/sécheresse, sécurisation de la chaîne d’approvisionnement.
- Pour les particuliers : rénovation (isolation + ventilation), protection solaire, choix de mobilité, sobriété énergétique et alimentaire.