De quoi la France a-t-elle l’air en ordinateur selon Avast ?
En 2018, Avast a agrégé des données issues de millions de PC pour dessiner le « portrait-robot » de l’ordinateur type, pays par pays. Que raconte ce cliché statistique de la France, et quelles limites faut-il garder en tête pour l’interpréter ?

🔑 À retenir
- En 2018, l’ordinateur « français » selon Avast est surtout un portable, souvent sous Windows 10, avec Chrome comme navigateur dominant.
- HP arrive en tête des marques observées en France, devant Asus et Acer, avec des écarts notables mais à lire comme des tendances, pas comme un recensement national.
- Des logiciels grand public (lecteur PDF, compression, suite bureautique, lecteur multimédia) structurent encore l’équipement moyen.
- Le portrait est utile pour comprendre des habitudes, mais il est biaisé par l’échantillon (utilisateurs exposés aux mesures Avast) et par les usages pro/perso.
Un « portrait-robot » d’ordinateur peut sembler absurde : une machine n’a ni visage ni personnalité. Pourtant, en 2018, Avast a tenté l’exercice en s’appuyant sur un matériau redoutablement parlant : les traces logicielles laissées par des millions de PC, agrégées et anonymisées pour comparer des tendances par pays.
L’intérêt n’est pas de décréter ce que possède « la France », mais de comprendre ce qu’un parc de machines révèle des habitudes : préférences de marques, bascules de systèmes d’exploitation, poids des logiciels grand public, et, en creux, niveau d’exposition aux risques (systèmes obsolètes, outils non mis à jour).
Ce que mesure réellement Avast (et ce que ça ne mesure pas)
Avast est un éditeur de sécurité : sa visibilité provient des appareils sur lesquels ses produits (antivirus, extensions, outils de protection) sont installés. Les chiffres publiés en 2018 reposent donc sur un échantillon très large, mais non exhaustif : il décrit avant tout le parc « vu » par Avast, pas l’ensemble des ordinateurs en circulation.
Deux conséquences importantes : d’abord, un biais de sélection (les personnes équipées d’un antivirus tiers ne sont pas un reflet parfait de tous les utilisateurs). Ensuite, une granularité parfois limitée : on observe des parts et des fréquences d’applications, mais sans toujours distinguer clairement les usages professionnels (parcs gérés, restrictions) des usages domestiques (installations libres).
Les marques de PC les plus présentes en France en 2018
Sur la question du fabricant, Avast plaçait en 2018 HP en tête en France, autour d’un quart des machines observées. Derrière, Asus apparaissait nettement, puis Acer. Ces trois marques se retrouvent fréquemment en haut des classements européens, notamment grâce à un positionnement prix/volume (entrée et milieu de gamme) très fort.
Ce trio ne signifie pas que les autres acteurs sont absents : Dell, Lenovo, Apple ou MSI peuvent peser davantage dans certains segments (entreprises, création, jeu), mais l’étude se concentre sur la présence globale au sein du parc observé. Autrement dit : les machines grand public dominent mécaniquement le « portrait-robot ».
| Indicateur (France, 2018) | Tendance observée par Avast |
|---|---|
| Marque la plus fréquente | HP (environ un quart du parc observé) |
| Marques suivantes | Asus (~ un cinquième), Acer (~ un peu plus d’un dixième) |
| Type d’appareil | Forte majorité de portables |
| Système dominant | Windows 10 en tête, Windows 7 encore très présent |
| Navigateur dominant | Chrome très largement majoritaire |
Portable vs fixe : une France très « laptop »
L’un des enseignements les plus nets concerne la forme du PC : en 2018, Avast observait une préférence marquée pour les ordinateurs portables en France, autour de 70% des machines. Ce niveau est supérieur à la moyenne mondiale qu’Avast donnait à l’époque (environ deux tiers), ce qui suggère une adoption un peu plus rapide du portable dans l’Hexagone.
Pourquoi cette bascule ? Elle colle à plusieurs réalités : baisse du prix des portables polyvalents, montée des usages nomades (études, télétravail naissant, déplacements), et désaffection progressive du PC fixe hors profils spécifiques (jeu, montage vidéo, configurations évolutives).
Pourquoi le portable gagne
- Polyvalence : un seul appareil pour la maison et l’extérieur
- Rapport performance/prix devenu acceptable pour la majorité des usages
- Encombrement réduit, installation simplifiée (pas d’écran/clavier séparés)
Ce que le fixe garde pour lui
- Évolutivité (RAM, stockage, carte graphique) et réparabilité souvent meilleures
- Meilleure dissipation thermique à performances égales
- Coût total avantageux si l’on possède déjà écran et périphériques
Windows 10 en tête, Windows 7 encore là : une transition inachevée
Côté système, Avast relevait en 2018 une domination de Windows 10 en France (un peu plus de la moitié des machines), tout en pointant la résistance de Windows 7 (près d’un tiers). Le fait marquant n’est pas que Windows 10 soit premier, c’était attendu, mais que Windows 7 reste aussi massif malgré son vieillissement.
Avast notait aussi la présence résiduelle de Windows XP (quelques pourcents). Cela peut sembler marginal, mais à l’échelle d’un pays, « quelques pourcents » représente encore beaucoup de machines. Et ce sont, par définition, des postes difficiles à maintenir : anciens matériels, logiciels métier figés, ou simple inertie de l’utilisateur.
Les logiciels qui structurent un PC « moyen » : navigateur, PDF, compression, bureautique
L’étude d’Avast mettait en avant un socle applicatif très grand public. Dans le navigateur, Chrome écrasait la concurrence dans l’échantillon observé, autour de 90% en France. Ce chiffre est spectaculaire : il traduit à la fois l’effet de préinstallation/installation par défaut et la force de l’écosystème Google (compte, synchronisation, services).
Derrière ce navigateur pivot, Avast relevait des logiciels « utilitaires » très classiques : un lecteur PDF (Adobe Acrobat Reader largement en tête), un outil de compression/décompression (WinRAR en position forte), une suite bureautique (Microsoft Office), mais aussi des logiciels de lecture multimédia et des navigateurs alternatifs comme Firefox. Cet ensemble raconte un PC utilisé pour les tâches quotidiennes : lire des documents, échanger des fichiers, rédiger, consommer de la vidéo.
- Navigateur : Chrome ultra dominant ; Firefox reste un second choix significatif
- Documents : Adobe Reader fortement implanté pour les PDF
- Fichiers : WinRAR très présent pour les archives compressées
- Productivité : Microsoft Office reste un standard, notamment pour l’échange de fichiers
- Multimédia : VLC est l’exemple typique d’un logiciel « réflexe » multi-formats
Ce que ce portrait dit (vraiment) des usages numériques en France
Pris ensemble, ces indicateurs dessinent une France du PC plutôt pragmatique : du portable majoritaire, du Windows récent mais pas totalement généralisé, et une pile logicielle centrée sur le web et les documents. Autrement dit, un ordinateur utilisé comme poste polyvalent, où le navigateur est devenu l’outil principal.
Il faut aussi lire ce portrait comme un signal de dépendance : dépendance à un navigateur dominant (donc à ses choix techniques), dépendance à des formats (PDF, documents Office) et à des logiciels historiques. Cette inertie a des avantages (compatibilité, habitudes), mais elle peut ralentir l’adoption d’alternatives plus légères ou plus respectueuses de certains besoins (sobriété, contrôle, sécurité).
Limites, biais et précautions de lecture
Un portrait statistique peut être trompeur s’il est lu comme une photographie officielle. Première limite : l’échantillon. Les machines analysées sont celles sur lesquelles Avast a de la visibilité ; les parcs fortement administrés (certaines entreprises, administrations) peuvent être sous-représentés, tout comme des populations qui utilisent d’autres solutions de sécurité.
Deuxième limite : l’année. 2018 est déjà loin en informatique. Les parts de Windows, la structure du marché des PC, l’explosion du télétravail à partir de 2020, puis la montée des offres cloud et des Chromebook dans certaines niches ont pu déplacer les lignes. L’étude reste donc précieuse pour comprendre un moment de transition (vers Windows 10 et le tout-web), pas pour décrire 2026.
Troisième limite : la notion de « logiciel utilisé ». Selon les méthodologies, on peut mesurer une installation, une exécution récente, ou une présence détectée. Ces nuances changent la lecture : un logiciel peut être présent sans être central, ou au contraire être remplacé sans avoir été désinstallé.
“Un bon chiffre n’est pas celui qui impressionne, c’est celui dont on connaît le périmètre, la source et les biais.”, Principe de base en analyse de données
Ce que les utilisateurs peuvent en faire : diagnostics et bonnes pratiques
Au-delà de la curiosité, ce type de portrait peut servir d’outil de diagnostic. S’il montre, par exemple, qu’un pays garde longtemps des systèmes obsolètes, cela invite à vérifier son propre poste : suis-je à jour ? Ai-je des logiciels « hérités » non maintenus ? Mes habitudes (extensions, téléchargements) augmentent-elles mon risque ?
Pour un foyer, une TPE ou une association, la méthode la plus utile est simple : lister les logiciels « essentiels » et s’assurer qu’ils sont maintenus, en limitant les doublons. Un PC typique contient souvent plusieurs lecteurs PDF, plusieurs outils de compression, des barres d’outils, des extensions non nécessaires. Chaque couche supplémentaire est une surface d’attaque potentielle.
- Faire l’inventaire : système, navigateur(s), lecteur PDF, suite bureautique, outils de compression, lecteur multimédia.
- Mettre à jour : activer les mises à jour automatiques quand c’est possible, sinon planifier une vérification mensuelle.
- Nettoyer : désinstaller les logiciels inutilisés et supprimer les extensions de navigateur non indispensables.
- Sécuriser : activer un pare-feu, utiliser un compte non administrateur au quotidien, sauvegarder régulièrement.
- Vérifier les fins de support : remplacer les systèmes/logiciels non maintenus plutôt que « bricoler ».