Comment installer ArchLinux ?
ArchLinux offre un système minimal, rapide et totalement maîtrisable, mais son installation demande méthode et rigueur. Voici un pas-à-pas fiable, orienté UEFI, avec les commandes essentielles et les erreurs courantes à éviter.

🔑 À retenir
- Préparez une clé USB fiable et démarrez en mode UEFI (vérification avant de partitionner).
- Créez au minimum une partition EFI et une partition racine, puis montez-les correctement.
- Installez le socle avec pacstrap, générez fstab, puis configurez locale, réseau et utilisateurs dans chroot.
- Choisissez un bootloader adapté (systemd-boot ou GRUB) et vérifiez l’ordre de démarrage UEFI.
- Après le reboot, installez microcode, firmware, réseau et éventuellement un environnement graphique.
Installer ArchLinux n’est pas « difficile » au sens technique du terme : c’est surtout une installation qui ne cache rien. Vous choisissez le partitionnement, le système de fichiers, le chargeur de démarrage, le réseau, la locale… et donc vous pouvez aussi vous tromper à chaque étape. L’objectif de ce guide est de réduire l’incertitude, pas de vous vendre une recette magique.
Le fil conducteur : une installation moderne en UEFI sur un disque vierge (ou dédié), avec un schéma de partitions simple, puis la configuration minimale pour démarrer, se connecter au réseau et installer vos logiciels. Si vous êtes en BIOS/Legacy ou en double démarrage, les principes restent les mêmes, mais certaines étapes changent (signalées plus bas).
Avant de commencer : prérequis et choix qui comptent
Prévoyez 30 à 60 minutes si tout se passe bien (plus si vous découvrez). Assurez-vous d’avoir une sauvegarde : l’étape de partitionnement peut effacer un disque en une commande. Téléchargez l’image ISO officielle sur le site d’Arch et gardez la documentation sous la main (Arch Wiki) : c’est la référence, mise à jour en continu.
- Une clé USB d’au moins 2 Go (8 Go conseillé) et un port USB fiable.
- Une connexion Internet (Ethernet recommandé pour l’installation ; le Wi‑Fi est possible).
- Un PC en UEFI (la plupart des machines récentes) ; Secure Boot à désactiver si vous ne le gérez pas.
- Une idée du partitionnement : simple (EFI + racine + swap) ou plus structuré (/home séparé, chiffrement…).
Approche simple (recommandée)
- 2 ou 3 partitions : EFI + / (racine) + swap (optionnel)
- Moins de points de panne
- Facile à réparer et à documenter
- Parfait pour une première installation
Approche avancée (à réserver si vous savez pourquoi)
- Chiffrement LUKS, LVM, Btrfs avec sous-volumes, /home séparé…
- Plus de flexibilité (snapshots, isolation des données)
- Plus de configuration et de risques d’erreur
- Dépannage plus exigeant
Créer la clé USB d’installation et démarrer dessus
Téléchargez l’ISO, puis créez la clé USB. Sous Linux/macOS, la méthode la plus robuste consiste à écrire l’image directement. Sous Windows, Rufus fonctionne très bien. L’essentiel : obtenir une clé bootable et démarrer dessus via le menu de démarrage de votre PC (souvent F12, F8, Esc, Del selon les marques).
- Sous Linux : repérez la clé avec « lsblk », puis utilisez « sudo dd if=archlinux.iso of=/dev/sdX bs=4M status=progress oflag=sync » (remplacez sdX).
- Sous macOS : même logique avec « diskutil list » puis « sudo dd ... of=/dev/rdiskX ».
- Sous Windows : Rufus > sélection ISO > mode recommandé (souvent GPT/UEFI).
Dans le système live : clavier, horloge, réseau
Une fois démarré sur Arch, vous arrivez dans un shell root. Commencez par vérifier que vous êtes bien en UEFI : « ls /sys/firmware/efi/efivars ». Si le répertoire existe, vous êtes en UEFI.
Pour un clavier français, vous pouvez charger la disposition : « loadkeys fr ». Pour l’horloge, activez la synchronisation NTP (important pour TLS et les dépôts) : « timedatectl set-ntp true », puis vérifiez avec « timedatectl status ».
Côté réseau : en Ethernet, c’est souvent automatique. Testez rapidement : « ping -c 3 archlinux.org ». Si vous êtes en Wi‑Fi, utilisez l’outil interactif « iwctl » (iwd) : dans iwctl, « device list », puis « station wlan0 connect NOM_DU_WIFI ».
Partitionner le disque (UEFI) : schéma clair, commandes sûres
Commencez par lister les disques : « lsblk -o NAME,SIZE,MODEL ». Identifiez le disque cible (ex. /dev/nvme0n1). Pour une première installation, un schéma efficace : une partition EFI (FAT32) et une partition racine (ext4). Le swap peut être une partition dédiée ou un fichier swap plus tard.
| Partition | Taille conseillée | Type / système de fichiers | Point de montage |
|---|---|---|---|
| EFI | 512 Mo (minimum 300 Mo) | FAT32 (type EFI System) | /boot (ou /boot/efi) |
| Racine (/) | 20-40 Go minimum (plus selon usage) | ext4 (simple et robuste) | / |
| Swap (optionnel) | 2-8 Go (selon RAM/hibernation) | linux-swap ou fichier swap | (pas de montage permanent) |
Pour partitionner, « cfdisk » (interface texte) est accessible. Sinon, « parted » ou « fdisk » conviennent. En UEFI sur disque GPT, l’idée est : créer une partition EFI marquée « EFI System », puis la racine.
Ensuite, formatez et montez (exemple) : « mkfs.fat -F32 /dev/nvme0n1p1 », « mkfs.ext4 /dev/nvme0n1p2 ». Montez la racine : « mount /dev/nvme0n1p2 /mnt ». Créez le répertoire boot : « mkdir -p /mnt/boot » et montez l’EFI : « mount /dev/nvme0n1p1 /mnt/boot ».
Installer la base : pacstrap, fstab, entrée en chroot
Arch s’installe à partir du système live avec « pacstrap ». Installez un noyau, le firmware et quelques outils utiles. Exemple pragmatique : « pacstrap -K /mnt base linux linux-firmware vim networkmanager ». L’option « -K » copie les clés de pacman.
Générez ensuite le fichier des montages : « genfstab -U /mnt >> /mnt/etc/fstab ». Vérifiez-le (toujours) : « cat /mnt/etc/fstab ». Enfin, basculez dans votre nouveau système : « arch-chroot /mnt ».
Configurer le système : locale, fuseau horaire, réseau, utilisateurs
Dans le chroot, vous configurez l’identité de la machine. D’abord le fuseau horaire : « ln -sf /usr/share/zoneinfo/Europe/Paris /etc/localtime » puis « hwclock --systohc ».
Pour la locale FR : éditez « /etc/locale.gen », décommentez « fr_FR.UTF-8 UTF-8 » (et éventuellement « en_US.UTF-8 »), puis lancez « locale-gen ». Créez « /etc/locale.conf » avec « LANG=fr_FR.UTF-8 ». Pour le clavier en console, « /etc/vconsole.conf » peut contenir « KEYMAP=fr ».
Définissez un nom de machine : écrivez-le dans « /etc/hostname » et ajoutez des entrées simples dans « /etc/hosts » (localhost + votre hostname).
- Mot de passe root : « passwd ».
- Créer un utilisateur : « useradd -m -G wheel -s /bin/bash votre_nom » puis « passwd votre_nom ».
- Autoriser sudo : installer « sudo » et décommenter la ligne du groupe wheel via « EDITOR=vim visudo ».
Pour le réseau après redémarrage, une option simple est NetworkManager : « systemctl enable NetworkManager ». (Vous l’avez peut-être déjà installé via pacstrap.)
Installer et configurer le bootloader (UEFI) : systemd-boot ou GRUB
Sans chargeur de démarrage, votre système ne démarrera pas. En UEFI, deux choix courants : systemd-boot (simple, intégré) ou GRUB (polyvalent, utile en multi-boot complexe). Pour une installation Arch seule en UEFI, systemd-boot est souvent suffisant.
- systemd-boot : « bootctl install » (nécessite que la partition EFI soit montée sur /boot).
- Configurer une entrée : créer un fichier dans /boot/loader/entries/ (ex. arch.conf) avec le chemin du noyau, initramfs et l’UUID de la racine.
- GRUB : installer « grub » et « efibootmgr », puis « grub-install --target=x86_64-efi --efi-directory=/boot --bootloader-id=GRUB » et « grub-mkconfig -o /boot/grub/grub.cfg ».
Redémarrer proprement et vérifier l’installation
Avant de quitter, vérifiez : (1) la partition EFI est bien montée, (2) le bootloader est installé, (3) NetworkManager est activé, (4) un utilisateur non-root existe. Sortez du chroot : « exit ». Démontez : « umount -R /mnt ». Redémarrez : « reboot » et retirez la clé USB.
- Si vous arrivez sur un login : connectez-vous, puis testez Internet (ping) et « sudo pacman -Syu ».
- Vérifiez l’UEFI : « efibootmgr -v » (si installé) pour voir l’entrée de boot.
- En cas d’échec : revenez sur la clé, remontez /mnt, « arch-chroot /mnt » et corrigez (fstab/bootloader).
Après l’installation : base logicielle, graphique, bonnes pratiques
Arch démarre minimal. À ce stade, installez uniquement ce dont vous avez besoin. Pour un poste de travail : un serveur d’affichage (Wayland/Xorg), un environnement de bureau (GNOME, KDE Plasma) ou un gestionnaire de fenêtres (sway, i3), et les pilotes graphiques adaptés (Mesa, NVIDIA…).
- Outils essentiels : « base-devel » (compilation), « git », « man-db », « man-pages ».
- Wi‑Fi/BT sur portable : « iwd » (si préféré), « bluez » + « systemctl enable bluetooth ».
- Impression : « cups » (si besoin), audio : PipeWire (souvent recommandé aujourd’hui).
- Sauvegarde et rollback : envisagez Timeshift/Btrfs snapshots seulement si vous maîtrisez la pile.